On les appelle les "nez" parce que leur sens olfactif est le premier outil de leur métier…mais les parfumeurs-créateurs sont bien plus qu'un simple organe. Véritables musiciens des odeurs, ces artistes sont les inventeurs de génie des parfums éternels.

Aujourd'hui, ils sont rares les grands noms du parfum qui s'offrent encore le luxe d'un "nez" maison. Seuls Chanel, Guerlain et Jean Patou peuvent se vanter d'un tel privilège. Pour plus de facilité (et parfois par souci d'économie), toutes les autres grandes (et petites) marques font aujourd'hui appel à des laboratoires possédant un nez, chargé de réaliser des parfums à la demande, tous clients confondus. Ce qui ne retire rien à la qualité de leur production, mais ôte à la profession un peu de sa tradition.

Mais comment devient-on un nez ?

"Tout le monde a plus ou moins une aptitude potentielle à ce métier, explique Jean Kerléo, parfumeur-créateur chez Jean Patou depuis 1967. S'il suffisait de "bien respirer", 80% des gens pourraient devenir un nez. La sélection s'opère par la suite…Car il faut d'abord de l'intérêt, puis de la passion pour ce monde des senteurs. L'apprentissage est long, ardu et ingrat. Il faut assimiler des centaines, puis des milliers d'odeurs qui, il faut bien l'avouer, ne sentent pas toujours très bon !
Et c'est là qu'interviennent deux autres facteurs décisifs pour la poursuite dans cette voie : la mémoire et l'imaginaire. Une grande partie des candidats découragés en route ne seront pas parfumeurs mais, par exemple, directeurs de marketing, avec des connaissances suffisantes en matière de parfum pour savoir de quoi ils parlent. Faire ses gammes est le plus dur de l'apprentissage..."

Gammes : le mot est lâché. Car les nez sont des musiciens du parfum. Leur vocabulaire a ses équivalences, voire même des similitudes : les odeurs sont leurs notes olfactives, les formules leurs partitions et lorsque tous deux couchent leurs compositions sur le papier, ils ont déjà le résultat en tête. Une simple question d'accords en quelque sorte !

Profession d'hommes jusqu'à ces dernières années, le métier de parfumeur se féminise aujourd'hui de manière fulgurante. " Cette particularité n'avait rien de physique, poursuit Jean Kerléo. Bien au contraire, les femmes sont, je pense, plus sensibles olfactivement... Cela tenait simplement à la condition humaine : rares en effet étaient les femmes qui entreprenaient, ces dernières décennies, de longues études, au lieu de se vouer à la maternité ou à des métiers plus rapides à aborder. Mais je peux vous assurer que dans dix ans, 8 parfumeurs sur 10 seront des femmes…C'est en tout cas le reflet des plus grandes écoles. "

Germaine Cellier, pionnière des femmes-parfumeurs née début 1900 et créatrice, entre autre, du célèbre "Vent vert" de Balmain en 1945, peut être rassurée : la relève est en route !

Le métier de nez requiert-il une hygiène de vie particulière ? " Il faut faire attention, dit Jean Kerléo. Personnelement, je ne fume pas, mais je connais un très grand parfumeur qui est également un très gros fumeur ! Il n'y pas de règles sinon d'être attentif à ses faiblesses. L'odorat est un sens fragile... nous sommes comme des athlètes surentraînés. Le risque le plus courant est la rhinite ou l'allergie. Mais il faut aussi se méfier : les remèdes trop draconiens sont parfois pires que le mal. "

Est-ce à dire qu'un simple rhume est un véritable drame pour le parfumeur ?
"Nous sommes comme tout le monde, nous en attrapons et durant quelques jours, nous ne sentons... rien ! C'est là qu'intervient la mémoire olfactive. Mais c'est pour moi courant d'y faire appel : vous savez je ne suis pas toujours au labo quand j'ai une idée. Alors je prend des notes…et je vérifie quand le rhume est passé. Cette perte provisoire de l'odorat n'est en fait pas très gênante."

Source: fascicules parfums de rêve, éditions atlas


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